Brontë’s nerd

13 Juin

Et voilà, le dernier petit voyage qui est en fait un grand voyage pour moi.

J’y suis allée, mais où donc?

Quelque part où le coeur industriel et le coeur sauvage de l’Angleterre se croisent.

Le petit village qui a vu grandir trois femmes et leur frère, quatre vies tragiques remplies d’imaginaire, de violence et de beauté.

Branwell, Charlotte, Emily Jane et Anne Brontë.

Et puis toute l’émotion de voir les mills (filatures et usines) depuis le train. 

Les peaux brûlées des gens d’ici, la verdure totale.

L’auberge de jeunesse était dans le jus, des murs tout noirs et des frises sinistres, au loin le clocher de l’église.

Haworth.

Tout un royaume et un rêve dans ce petit mot.

Et oui, à quatorze ans, je me retrouve avec les Hurlevent des Monts (traduction de Wuthering Heights par Pierre Leyris, ami de Philippe Jaccottet) et c’est le boum pif paf pouf dans ma petite tête.

Le temps a passé, il y a eu Jane Eyre, Agnes Grey et puis les poèmes d’Emily.

Si aujourd’hui je me retrouve ici, si je me retrouve en Etudes Anglophones, c’est un peu à cause d’elle. Pour ne pas dire totalement.

Si Bréhat est devenue si importante, devenue mon chez moi peut-être plus que les belles Alpes, c’est aussi un peu à cause d’elle.

Appris un peu plus la solitude, appris à la sublimer, à apprécier les longues balades à chercher un nid où lire ces poèmes (et puis bien d’autres avec les années). C’est un peu Emily.

Tout cela pour dire que ça fait longtemps que j’attends ce moment et que c’était essentiel pour moi de mettre les pieds là-bas parce que parce que…

Et tout ça pour dire que je n’ai pas été déçue. Voilà, l’Angleterre qui me fait rêver est bien là. Dans une lande couverte de bruyère, où le vent hurle et la pluie tombe à verse. Une rue qui monte vers une vieille église, un vieux cimetière couvert d’arbres… Et puis des gens avec un accent incroyable, des visages pas possibles, des corps brisés.

Maintenant je sais pourquoi et j’ai compris en voyant marcher le système, en vivant dedans. Pas de pitié, c’est un peu la devise.

Mais après, même si tout cela semble être vécu ici plus passivement qu’outre-Manche, ces gens me touchent. Souvent la main sur le coeur, il faut bien dire.

Enfin, trêve de credo gaucho.

Les photos, j’espère, parleront d’elles-même. 

Je suis allée aux fameux « hauts »… Même au mont Ventoux, le vent n’est pas si froid et si fort.

Donc, maintenant peu importe le vent…

Dans ma tête il y a tout ça… et bien plus.

 

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J’ai plein de petites musiques dans la tête. Le bruit de la pluie sur les pavés, le silence des gens dans le presbytère, le vent dans les pylone, la pluie sur la bruyère, le chant des oiseaux, les cris des moutons. Le chant du vent dans les Leaves of Grass, bien que la métaphore soit américaine… 

Je suis bien. Je me sens prête à partir – satisfaite au final, toute pleine d’amour  pour ce pays malgré tout. 

Les scones, les champs, le vert, cette nature hallucinante… orgiaque, le contraste des briques et du lierre. Les moutons, les salons de thé perdus dans des petites rues, leur atmosphère douce et calme qui rassemble tous les âges, Ye Olde Trip, bien sûr…Le soleil qui illumine Nottingham. La langue aussi…

Un peu triste de quitter les autres qui sont encore là aussi: Jess, Becca, Abdul…

St Peters Court devient une résidence vivante en se vidant!

Mais bon, je suis contente de retrouver tout le monde :)…

Au final je me dis aussi que vu de France ce blog doit être assez étrange parfois. Surtout que l’adaptation ne se fait que maintenant au final… plus de temps pour vivre… ça doit être ça.

Et voilà, pour le point final: je suis à Grenoble le 19. Pique-nique annuel de Francis le midi et l’après-midi mais le soir je pense qu’on peut se retrouver, pour ceux qui sont dans le coin, quelque part dans un coin de la table ronde.

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A Day of Holiday

4 Juin

Et voilà… 

Les exams sont enfin finis, et petit à petit la résidence se vide, va se vider… Perrine est partie hier,  elle va me manquer pour son calme, sa douceur…. Justine est partie avant-hier… regret de pas ne pas avoir passé plus de temps ensemble, Antonio a retrouvé l’Espagne et son soleil…

Les garçons sont partis visiter Londres hier, j’ai fait le trajet avec eux et puis je suis partie faire mes « trucs de fille. »

Retour à Covent Garden, Spitalfields, et puis Liberty bien sûr… Où j’ai fait mes réserves… Ce n’est pas qu’une question d’imprimé… Le tissu est d’une qualité que je n’ai jamais rencontré… doux et léger, encore mieux que Petit Bateau!

J’ai retrouvé Idriss, que j’ai rencontré dans l’avion entre Genève et Luton (voir article du 15 mai), vers Russel Square, le quartier de l’University of London. On est allés à Regent’s Square, et blablaté pendant des heures – les pieds dans l’herbe. Il m’a aussi emmené manger à Brick Lane – où on était passés en revenant de Columbia Road en avril. Un buffet indien à volonté avec un chicken masala à tomber par terre! 

En rentrant, j’ai lu Disgrace de Coetzee. J’ai pris le livre un peu par hasard dans une librarie londonienne  mais même en rentrant de cette grosse journée, en ayant peu dormi la veille et à peine somnolé dans le bus à l’aller, je n’ai pas pu lâcher le livre jusqu’au point final. Plein d’interrogations sur les relations entre hommes et femmes, sur le patriarcat tournent dans ma tête en ce moment… Petit « sample » de citations:

« You weren’t there. You don’t know what happened. He is baffled. Where, according to Bev Shaw, according to Lucy, was he not? In the room where the intruders were committing their outrages? Do they think he does not know what rape is? Do they think he has not suffered with his daughter? What more could he have witnessed than he is capable of imagining? Or do they think that, where rape is concerned, no man can be where the woman is? Whatever the answer, he is outraged, outraged at being treated like an outsider. »
‘ » Hatred… When it comes to men and sey, David, nothing surprises me any more. Maybe, for men, hating the woman makes sex more exciting. You are a man, you ought to know. When you have sex with someone strange – when you trap her, hold her down, get her under you, put all your weight on her – isn’t it a bit like killing? Pushing the knife in; exiting afterwards, leaving the body behind covered in blood – doesn’t it feel like murder, like getting away with murder?’
You are a man, you ought to know: does one speak to one’s father like that? Are he and she on the same side? »
«  You don’t understand, you weren’t there, says Bev Shaw. Well, she is mistaken. Lucy’s intuition is right after all: he does understand; he can, if he concentrates, if he loses himself, be there, be the men, inhabit them, fill them with the ghost of himself. The question is, does he have it in him to be the woman? »
J’aime beaucoup l’écriture de Coetzee, bien que ses livres soient souvent très sombres, mais il exprime très bien, ou du moins met en exergue, les paradoxes de l’être humain, de la société, de l’Afrique du Sud… Ecriture qui doute, livre de questions et sans réponse, ironie glaciale et pourtant tant d’humanité douloureuse.
Aujourd’hui, c’est le repas de départ de Mel, une australienne amoureuse de Paris, je vais faire une vraie ratatouille.
Et puis, dans les jours qui suivent, je vais retrouver mon mémoire, les Okies et les Great Plains, les paradoxes états-uniens.  J’ai hâte, bizarrement, et je me sens sereine malgré la quantité de travail qui m’attend…
En bonus, mon « sujet » de mémoire:

Sverige at last.

30 Mai

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Voilà, une partie des photos!

Révisions pas ronchons.

23 Mai

Bouh les loulous!

En plein dans les révisions. Et oui, bientôt le militantisme de gauche américain n’aura plus de secrets pour moi (la blague). 17 pages de synthèse tapées sur word juste avec les cours, reste à rajouter les intros du Radical Reader, du bon vieil Howard (RIP) et son A People’s History of the United States  et ce que peut bien raconter le copain d’Antigone(clicclic pour ceux qui ne connaissent pas), Ronald Creagh dans son Utopies Américaines: Expériences Libertaires du XIX° à nos jours (comment ça c’est un livre en français, zut je l’aurais pas ramené pour rien).

En gros, je me sens un peu comme en prépa, sauf que j’ai que deux partiels super chauds et pas un concours (dont je n’avais rien à faire à l’époque) et que j’ai deux heures pour le fameux American Radicalism quand il en faudrait minimum 4 et sauf que j’ai un ordinateur avec internet alors quand je craque (Euh) je vais sur:

Pénélope Jolicoeur 

D’où des mails incessants à Gaspard en mode: j’te jure que je ferais pas ça – ‘fin pas trop – ou ce qui nous attend A,B,C,D,E.

Margaux Motin

Pensée pour Charlotte.

Et mercredi on va voir la palme d’or.

Je me fais un petit film le soir soit (merci Manon!):

The Social Network, Le Péril Jeune, Eternal Sunshine of the Spotless mind, Possessed (Joan Crawford & Clark Gable – comment ça je bave? comment ça j’ai l’air gaga et je passe en boucle la dernière scène?), Marked Woman (Bette Davis & Humphrey Bogart- précision: Humphrey plus jeune que dans Casablanca – comment ça je bave encore?).

Gros gros coup de coeur pour les deux derniers(intrigue, aspect sans doute révolutionnaire pour l’époque, esthétique), j’avoue que des fois mes dents grincent (ah le mariage qui vient rendre tout ça bien moral…). Oui, je suis ringarde.

Ce soir c’est Tournée!

PS: Je fais la révolution espagnole aussi. Du coup je rencontre militant du coin sur militant du coin – pendant les partiels, un mois avant de partir, je commence à me sentir chez moi (c’est à dire à retrouver l’atmosphère qui m’a GRAVE manquée jusqu’ici- x(.  CQFD.

En passant, vite.

15 Mai

Le retour dans la yaute in full blossom a été fort agréable. Une petite pause avec les chats, les pômans, les lilas, les roses et la machine à coudre bienvenue pour se dire qu’il ne reste qu’un mois avant de tous vous retrouver à Gre, Genève ou ailleurs.

Rencontré un fort sympathique genevois dans le bus de l’aéroport, retrouvé les anglais bourrés et couleur homard entre Beeston et Nottingham…

Premier partiel demain, pas trop les chocottes, c’est de la trad… mais Manon s’en va après-demain.  Elle va fort me manquer, entre thé et tisane.

On recommence doucement le boulot, relu le résumé du sujet que j’ai envoyé à Francis. Les mots que je n’osais pas utiliser par peur de trop de militantisme, il les a rajoutés. Alors…

Un gros goûter cookies-crêpes-glace à la vanille cet après-midi, une pizza australienne (a very very good first try of Jess), du saucisson savoyard (yum yum yum)… Et il y a toujours le morceau d’abondance.

Les chansons du moment – Blossom Friend & Pink Moon de Nick Drake

Calme et coups de soleil

2 Mai

Me voilà rentrée du pays des élans et des Samis . Rentrée et quasi-conquise.

La Suède est juste splendide, sereine et m’a fait un bien fou après cette première partie du semestre pas très facile et avant la suite qui s’annonce pire.

Que dire, que dire… J’ose espèrer que les images parleront d’elles-mêmes… Je les mettrais un peu plus tard sauf celle avec Charlotte (curieuse?).

Une belle rando d’une semaine à prendre des coups de soleil la journée et à geler la nuit (surtout Gaspard… à qui j’ai laissé le sac de couchage de compèt du montagnard).

Les paysages sont magnifiques, assez variés au final (Bretagne, Angleterre,Belgique,Irlande,Virginie d’avant John Smith…). La nature est partout, à cinq minutes à pied derrière chez Gaspard, à vingt de bus, à une heure de RER… Entretenue, mais pas civilisée. Ecorce de pin, myrtilles, airelles… cygnes sur la mer (plutôt troublant), cerfs et lapins…

Se perdre dans les rues de Gamla Stan, la vieille ville de Stockholm, dans ses couleurs, dans sa nuit.

J’ai des souvenirs jusqu’au retour.

De belles rencontres, heureuse de voir les gens avec qui il vit… Tous différents et sympathiques pour ceux que j’ai le plus vu: Ralph, Han, Alix, Perer, Houssman, Borat… Je m’excuse pour les fautes d’orthographes! J’espère bien les revoir au Liban, en Turquie, à Londres ou en Espagne.

Bonheur de voir Charlotte, d’entendre son rire (s’envoler aussi haut que s’envolent les oiseaux…) et bêtement de pouvoir la toucher…

Bonheur de voir toute la petite famille…

Je crois que je ne réaliserais pas que je suis enfin là quand je reviendrais en France, j’aurais besoin de tout toucher – promis j’éviterai de me jeter sur les genoux et d’embrasser le sol façon Christophe Colomb quand j’arriverai à l’aéroport….

Ici, c’est le coeur du printemps, j’ai l’impression d’avoir été jetée dans un volcan de feuilles.  Il fait froid et ventu.

Plein de boulot m’attend encore, Gaspard me manque, et puis les copains, les demis en terrasse en fin d’après-midi, l’appart et les tasses de thé, la tignasse de Fab, les midis et le blabla avec Mélie, Sam et le thé, Aurore et son p’tit grain de folie, Milie et ses mimiques, jouer à la coinche avec Adrien et Aurore, parler ciné avec Marian et discuter avec Delphine, les nuits blanches avec ma vieille grimpeuse préférée, Mélou et son sourire, l’humour de Jacques, Jo et Marion, la bande du DIP, ma p’tite zerline, balou…

Je pense fort à vous tous…

Edit: Les derniers jours ont été vraiment difficiles, du coup je retrouve la haute-savoie pour quatres petites journées la semaine prochaine. Je ne pense pas descendre à Grenoble (besoin de souffler) mais pour ceux qui sont dans le coin, vous savez que la maison est toujours ouverte.

Edale, these little things et autres itching facts.

30 Mar

Depuis hier, c’est le printemps. C’est à dire qu’il pleut, il pleut une vraie pluie anglaise.

Demain je pars pour Londres et je retrouve mes popa-moman. J’avoue qu’il est temps…

Je commence à avoir le mal du pays, malgré le soleil qui (quand il est là) est fantastique, chaud, avec une lumière splendide. Les jonquilles de partout, leur odeur, celle des magnolias… Les repas et les goûters improvisés avec les colocataires.

Mais je fatigue du système anglais,vous l’avez peut-être déjà senti. Enfin anglais, je pense que j’ai juste un gros problème d’intolérance (d’indigestion?) avec le libéralisme et le capitalisme et le victorianisme et le bourgeoisisme et la jeunesse dorée.

Je fatigue aussi du travail, du stress, de la pression, même si je me suis débrouillée pour que mes sujets de disserts soient en rapport avec mon mémoire… Soit dit en passant, j’ai trouvé deux perles pour travailler sur mon mémoire et je pense que la bibliographie s’avère assez complète maintenant… Et j’ai jusqu’au 13 septembre pour passer mon mémoire (soulagement).

Alors, du coup, mes montagnes me manquent de plus en plus, je me languis d’Abondances et de Montbéliardes, de la place du trib’ en fin d’après midi, de mon vélo, de la façon de cuisiner au 8 rue Hector Berlioz (même si j’y reviens… j’ai trouvé du riz complet… Ô joie, Ô bonheur), du reblochon.

 Des gens que j’aime. Surtout.

Mais bon, ces quelques jours à Londres vont être agréables je pense… Maman-papa et opéra, déjà ça fera du bien

Après c’est la Suède, et j’ai vraiment hâte. Je reste assez longtemps là-bas, rando et Charlotte obligent! De la nature de la nature de la nature…

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Les photos sont de quand Gaspard est venu. Petite virée dans la campagne avec les moutons et les murs en pierre. Ca m’a fait énormément de bien de le voir (forcément après deux mois…). Je vous épargne l’extatique état dans lequel me plongent ces souvenirs mais bref. On se comprend. (Nuage rose, nuage rose, allo allo allo – © Emilie)

Et je tricote je tricote je tricote je tricote.

D’après G. Moustaki, nous prendrons le temps d’écrire, d’être libres.

13 Mar

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Il faut dire que ça fait bien longtemps, mais ce n’est pas faute d’avoir des choses à dire et à penser. Et surtout à travailler.

Me voilà enfin les pieds dans mon mémoire, ce qui ne m’empêche pas d’être en retard mais j’ai mes bases de réflexion. Ouf. Je découvre ainsi d’étranges mais passionantes disciplines et idées: « ecopsychology, » « ecocriticism » et autres « ecofeminism » (qui s’avère bien différent de Corinne Serreau…). 

Tant de choses à raconter, alors je vais commencer par les aspects capitalistes, consuméristes, femmes-objetées et bourgeoisisme flippés qui me tracassent un peu dans la verdure anglaise.  Les jours suivants seront plus brillants!

A commencer par la fac, qui est certes fantastiques pour le cadre, l’inifinité de la documentation accessible, les endroits calmes pour bosser et la qualité de la plupart des cours… mais dont les frais d’inscription feraient pâlir n’importe quel étudiant sorti d’une fac publique française (3000£ quand on est anglais, 12000£ quand on vient de l’étranger et qu’on s’inscrit hors d’un programme d’échange), sans parler de l’entrée dans la bibliothèque façon carte navigo qui révolte mon idéal un peu naïf de « culture et éducation pour tous » (certes ce n’est pas le cas ailleurs mais de là à utiliser sa carte étudiante comme un pass devant le joli petit panneau « no card, no entry », la barrière devient physique…). Oh, quel vilaine gauchiste je suis! Mais tout ça va bien avec les étudiants-gravure-de-mode en slim, brunching, vernis rouge, bottes « uggs » (ugly oui!) et blonde façon voiture volée (serais-je cruelle?). Le communautarisme se vérifie ici aussi, peau blanche avec peau blanche, pakistanais avec pakistanais, indien avec indien. Peu de noirs.

Le choc aussi, c’est l’âge de certaines et certains derrière les caisses des supermarchés, les volants des bus et le nombre d’étudiants qui travaillent (forcément, mais parfois je me demande si ce n’est pas plus pour les sapes, l’ivresse et la drogue – et c’est pas simplement du petit joint de rasta). Le prix de la nourriture, les chips et autres barres chocolatées et sodas de tout poil jusque dans les pharmacies (Brun, je pense à toi à chaque fois). Des actions publicitaires de partout, des tirelires pour des actions caritatives bien pensantes et bien main-stream… A la fac et dans la ville. Albion ou comment essayer de gratter des sous de partout. 

Parfois, on voit des gens un peu moins propres sur eux, qui portent des vieux vêtements qui ne sont pas des bijoux des boutiques vintages. Ils osent à peine demander une livre, sont debout au milieux de la rue. Autant ignorés qu’ailleurs. Croisé trois gitanes aussi, l’une avant-hier avec des roses. Il vaut mieux être discret – l’idéologie victorienne a la vie dure ainsi que l’idée du « deserving poor », le pauvre méritant, celui qui travaille, qui s’intègre, objet de toutes les condescendances. Ici, au 16-17ème ont été créées ces choses: http://en.wikipedia.org/wiki/Workhouse . Ceux qui ont vu Magdalene Sisters en ont déjà une idée.

Le quartier dans lequel est la résidence est tout autant stigmatisé que la Villeneuve peut l’être. C’est peut-être même pire. Les gens semblent croire qu’un immigré attend à chaque coin de rue, le couteau entre les dents. Radford, ça craint.

Il y a les taxis aussi. Tout le temps, pour tout le monde, pour n’importe quoi. Pour faire les 10 min à pied qui séparent l’arrêt de bus de la gare dans le centre, pour aller à l’épicerie du coin… Les taxis me font peur. Enfin certains, parce qu’il y a deux types de taxis – sur réservation ou non. Les taxis que j’aime bien sont comme les black cabs londoniens avec leurs six places et le chauffeur – un immigré bien sûr – est habillé comme il veut, un type comme vous et moi… mais les autres taxis me font vraiment très peur – question de principe et de sexe faible? Ce sont de grosses mercedes aux lignes chics et athlétiques conduites par de grands types baraqués habillés en costard, façon vigile de bijouterie ou mafieux avec l’oreillette du téléphone bluetooth, qui viennent galamment vous ouvrir la porte de la voiture (je sais ouvrir une porte de voiture – même anglaise – merci). Je préfèrerais rentrer à pied à travers mon coupe-gorge d’épiceries exotiques et de prolos que de monter dans un taxi pareil.

La dernière chose qui fait boum, c’est ma tandem, Kitty, qui me l’a dite. Bon nombre d’étudiantes ne sont là que pour trouver un mari. BAM! Mais pas elle – si ça vous rassure . Une très bonne amie de Kitty est brillante, intelligente, belle, sympathique mais non, elle se fout de ses études, par contre trouver un futur trader… J’avoue: j’exagère et je romance. Mais c’est à la mesure du choc.

Bon, on s’arrête là pour la litanie .

Je ne suis pas allée dans mon petit village finalement mais dans le monstre Manchester. Levée à 5h30 pour prendre le train avec les garçons. Traversée du Peak District dans la brume – pas de mots pour exprimer le sentiment de ce moment-là mais un nom: Emily Jane Brontë. Et je me dis: ça y est, j’y suis et j’ai attendu ce moment toute ma vie. C’est pour des endroits comme ça, c’est à cause d’endroits comme celui-ci que je fais ce que je fais aujourd’hui et que je suis ici. (Pardon, c’est cucul la praloche, je m’embrouille et j’ai sans doute pas attendu ça toute ma vie- qui est bien courte pour le moment- mais c’est l’émotion).

Bref, arrivée dans une ville au gigantisme tentaculaire, au dynamisme économique présent comme passé visible. Bâtiments des anciennes filatures et Hilton façon Tour de Babel. On visite le musée des sciences et de l’industrie, pas forcément génial mais les vieilles machines à filer le coton, les tissus aux imprimés indiens et africains estampillés made in England me rendent fort pensive. Voilà, c’est là qu’une partie de l’horreur du monde d’aujourd’hui est née, s’est cristallisée. Commerce triangulaire, esclavage, plantations coloniales et post-coloniales de ce Sud états-unien si violent et raciste (je pense à Toni Morisson, à Richard Wright et à bien d’autres). Destruction de l’économie indienne naissante. Exploitation des femmes, des enfants et des hommes dans les mines et les filatures anglaises, exode rural, grèves. Manchester, ville du massacre de PETERLOO, une des grandes catastrophes du « Labor conflict » en Angleterre http://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_Peterloo.

On passe faire un tour dans le hangar des avions et on reprend le tram direction Salford Quays pour visiter l’Imperial War Museum.

Boum. Quartier ultra-calme, avec des bassins, des bâtiments modernes. Je ne suis pas très à l’aise, bien qu’impressionnée. Une espèce de mix entre la caserne de Bonne et Dubaï ou alors un truc dans le genre ville futuriste utopique et aseptisée. 1984. Le musée par contre, est super, la guerre ou le désespoir de l’humanité – approche des migrations, des mouvements de protestation pacifistes ou terroristes, guerre froide, enfants, propagande, études de genre… Bémol largement attendu: la vision de la guerre des Malouines et de l’Irlande du Nord… C’est pas encore ça! Bon, sinon plein de rééditions de vieilles affiches et manuels  (jardinage, cuisine, couture…) de la première et la deuxième guerre mondiale.

Après, j’abandonne les garçons au foot et au stade de Manchester United. Je retourne dans le centre avec l’espoir de pouvoir visiter la bibliothèque (toute en rond) mais elle est en travaux. J’erre un peu sur la place de la mairie, il y a une petite manif. Il y en a souvent à Nottingham aussi. Le gouvernement cherche à faire des coupes dans les budgets sociaux déjà pas très reluisants – retraites et aides aux personnes âgées, à la petite enfance, à l’éducation. Par curiosité on est allées à une des manifs de Nottingham avec Camille. Pas de défilé comme ici, beaucoup moins de monde. Mais des motivés et un micro qui tourne. Chacun a son mot à dire et chacun s’autoconforte dans une lutte qui ne cèdera pas – comme on l’espère toujours, comme on est déçu parfois, trop souvent. Le fantôme de la LRU plane un peu sur moi quand je vais à la fac.

Je me pose quelques instants et puis je pars en quête de la Gallery of Art. Elle est tout près, pleine de trésor et de toiles pré-raphaélites que j’aime bien même si elles sont souvent kistch. Un joli Renoir et le fameux Lady of Shalott de William Holman Hunt.  Lady of Shalott, thème répété de ce mouvement, j’en ai vu l’esquisse à Falmouth il y a quelques années, avec Mélou, mais c’était celle de Waterhouse. Le voyage en Cornouailles et ses souvenirs sont encore au tournant et je me retrouve devant une petite toile. C’est Mousehole! Une grande balade partait de là, la seule journée complètement pluvieuse de ces 3 semaines. Je me rappelle des scones, de la confiture, de la clotted cream et du thé chaud bu à l’abri de la bruine.

Je retrouve les garçons et on se balade un peu dans la zone commerciale – étouffante – avant de trouver un pub pour boire un verre, manger et regarder le match de rugby (angleterre-france…) enfin, eux regardent le match, moi je tricote!

On rentre et on retrouve les copains aux Olde Trip. Parties de cartes  endiablées! Mais je me languis d’une bonne vieille coinche!

Après, c’est plein plein de journées de travail, de recherches.

Avant-hier, découverte d’un salon de thé super, un peu à la belge ou alors très à l’anglaise. Le genre d’endroit que j’aime bien. On y trouve du thé en vrac – Ô joie, du Earl Grey – révolution après plus d’un mois au thé du LIDL, cheesecake. Et on est bien accompagnées, par les deux colocs australiennes de Camille et deux canadiennes qui habitent la même montée que nous.

Le lendemain, journée vacance pour Manon et moi, on est toutes seules dans l’appart. Pas de bruit, je bosse tranquille et c’est agréable.

Au jour d’aujourd’hui il reste quatres journées avant l’arrivée de Gaspard. J’ai hâte.

On va faire un tour dans le Peak District. La campagne. Enfin!

So long Marianne.

13 Fév

 

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Bon, il se fait temps d’écrire un peu.

On continue de découvrir la ville et les gens autour de nous.

Samedi dernier, on est allées au fameux Sumac Gardens avec Lucy, Camille et Manon. On s’est retrouvées devant une maison typiquement anglaise, avec les bow-windows et puis on est entrées dans une grande pièce remplie de monde, des enfants, des gens avec des assiettes de chili sin carne – le samedi c’est le soir du repas veggie- des tentures de toutes les couleurs accrochées au plafond, des tapis au sol, des tables, des flyers pour pleins de choses de partout, des livres, des ordis, des jeunes, des vieux, des bières et des gros backpack et des sacs de couchage. On a passé la soirée à discuté avec des écossais qui ont « ended up livin’ in a tree », vraiment chouette. On a parlé de pleins de choses: écologie, immigration, voyages, stop, politique budgétaire du gouvernement… Je me suis sentie comme à la maison.

Et en y allant, on a découvert une grande épicerie arabe. De bons repas sont à prévoir…

Mardi, petit échec. On voulait retourner voir un concert – de la pop londonienne- mais l’enchaînement des évènements a fait qu’à 10 secondes près, on a pas pu rentrer et c’était un peu de ma faute. Mais du coup, on est retournés au Olde Tripe to Jerusalem. Et grand bien nous en a fait. Il y a un jeu à l’entrée du bar: une corne est accrochée au mur et il y a un anneau suspendu à la voûte (la salle est creusée dans la roche même). Le but est simple: mettre l’anneau sur la corne en le lançant (vous me suivez toujours?). Mais le truc c’est comment on le lance…

Enfin bref, on s’amuse un peu comme ça et d’un coup Stéphane demande à un homme assez âgé qui nous regarde « Do you want to try? ». Grossière estimation et rencontre splendide avec David « the Legend of the Ring »… On a passé la soirée à apprendre le jeu et un peu de la vie d’ici et d’ailleurs avec lui. Et on l’a retrouvé jeudi soir avec son ami « the Lord of the Ring », qui nous a fait quelques tours de magie assez fou parfois et des fois carrément grillés! TUDULULULU.

Ce pub est vraiment fabuleux – complètement pittoresque mais authentique, ultra-connu mais pas truc à toutouriristes- les bières sont fantastiques, la terrasse aussi et les plafonds bas – ou alors c’est des cheminées dans la roche. Et le serveur a petit air de Colin Firth en encore plus flegmatique… Charlotte et Caro,je pense à vous à chaque fois! Là aussi, j’ai l’impression d’être chez moi.

Et aujourd’hui on va à la découverte de Wollaton Park. Et mercredi, j’irais faire un petit tour dans la cambrousse, dans un petit village qui s’appelle Plumtree… Je me rends compte que je suis vraiment une créature rurale, je me languis de voir champs et forêts anarchiques et verts.

Hier, on a fait une « floor party ». Les gens des apparts d’à côté sont venus et c’était plutôt sympa. L’ambiance dans la coloc et sur le palier est de plus en plus chouette. Repas partagés pour la coloc et puis faire plein de choses ensemble des grandes discussions au tricot aux tisanes et aux jeux vidéos pour certains… On se rend compte des nos différences (il y a un pro-sarko dans l’appart) et de nos points communs (musique) et on se découvre petit à petit.  Et pour le palier, l’allemand du 153 nous ramène des muffins au chocolat et aux myrtilles!

Et je me balade pas mal là-dessus en ce moment http://www.blogotheque.net/spip.php?page=cae_all&lang=fr .

Tellement bien pour découvrir des petites perles…

for short.

8 Fév

Je ferais court aujourd’hui, même si il y a des dizaines de choses dont j’ai envie de vous parler.

Juste envie,  de rester allongée dans l’herbe si verte à regarder les nuages courir dans le ciel bleu et les branches biscornues, torturées des arbres dans les bourrasques de vent.

Le soleil est éclatant.

J’ai toujours envie de dire des poèmes à voix haute quand je passe dans la rue.

D’apprécier la poésie du moment, hic et nunc.

Merci pour les mails, pour les nouvelles que je reçois- je regrette de ne pas communiquer plus que ça des fois. Vos petits mots pleins de la vie quotidienne posent sur mon visage un sourire qui monte plus haut que les oreilles! 

Je pense à vous.

Très fort.

PS: pour Mélie – J’ai fini le snood et voià le dernier tricot en route: